Les marmitons de l’Euro

Voici donc la table ronde à laquelle j’ai assisté, en tant qu’auditeur, au Collège de France, le mardi 16 avril 2019 de 14h à 16h30

Table ronde – La réforme de l’architecture économique et financière de la zone euro : quelles perspectives ?

Introduction et modération :
Lucrezia REICHLIN,London Business School, CEPR et Collège de France
Beatrice WEDER DI MAURO, Graduate Institute of Geneva, INSEAD et CEPRI
Participants au panel :
Marco BUTI, DG ECFIN, Commission européenne
Henrik ENDERLEIN, Hertie School of Governance et Institut Jacques Delors
Francesco GIAVAZZI, Universitá Bocconi et CEPR
Michel HOUDEBINE, Direction générale du Trésor
Jean PISANI-FERRY,Bruegel, EUI, Hertie School of Governance et Sciences Po
Natacha VALLA, Banque centrale européenne
Jakob VON WEIZSÄCKER, Bundesministerium der Finanzen

J’ai déjà écrit ici sur la fin de l’euro. Et j’ai donné mon avis sur les conditions à réunir pour que l’euro soit une monnaie pérenne. Je ne crois pas que ces conditions soient réunies, ni même, à la suite de ce que j’ai entendu au colloque du 1- avril 2019 au ollège de France, qu’elles soient en passe de l’être. La conclusion est donc self extracting, comme on dit en anglais.

J’ai donc écouté sept orateurs parmi les sommités du monde de la gestion monétaire (européenne, cela va sans dire), chacun parlant de 5 à 10 minutes sur le thème de “la réforme de l’architecture économique et financière de la zone euro”.

Rien. Désespérément rien, ou alors juste un blabla un peu hermétique pour le béotien, mais assez éclairant sur les capacités des orateurs en manière d’analyse économique.

Quant à la salle…. Peut-être une ou deux questions sur le sujet, mais le reste, c’étaient des préoccupations à la sauce médiatique, du genre : transition énergétique, réchauffement climatique ou populisme (avec le spectre accompagnant de l’immigration). C’est fou comme ces sujets ont le pouvoir d’absorber tous les autres. Du coup on avance à reculons, aussi bien sur la gestion monétaire que sur le réchauffement climatique, le populisme et tutti quanti.

J’eus l’impression que tous ces personnages sur l’estrade étaient en fait restés dans la cuisine, et pas prêts d’en sortir pour adopter le point de vue de Sirius. Quant à leur raisonnement économique, ce n’était pas stellaire non plus.

Pour ne citer que trois exemples.

La représentante de la BCE se félicite que le réchauffement climatique ait été inscrit au cahier des charges de la gestion de l’euro. Elle s’interroge sur les taux d’intérêt négatifs et semble nous aiguiller vers  une sorte de théorie bizarre, qui ferait que l’évolution des salaires aurait une influence directe sur les taux d’intérêt, affirmant sa perplexité devant la concomitance de la croissance des salaires dans la zone euro et de l’entrée des taux d’intérêt en zone négative. Du moins c’est ce que je pense qu’elle a voulu exprimer, mais elle peut toujours rectifier ici, si elle le souhaite.

Ce serait en effet une étrange conception que de présumer un lien de causalité directe de l’évolution des salaires sur celle des taux d’intérêt

Bien sûr on se souvient de cette farce dans les années 80 de la théorie des “anticipations rationnelles” qui, faisait des taux longs une sorte de moyen d’anticiper le niveau d’inflation à venir. En ce temps (c’était celui d’Alan Greenspan à la tête du Bureau de la Réserve fédérale) la politique monétaire américaine consistait à donner des coups de semonce pour faire monter les taux courts de façon à induire la stabilisation voir la baisse des taux longs, car dans l’esprit des opérateurs la hausse des taux courts signifiait la détermination des autorités à freiner tout emballement de l’économie et donc à réduire les pressions inflationnistes.

S’il existe malgré tout un lien entre salaires et taux d’intérêt, ce serait d’une part une relation inverse, des taux d’intérêts vers les salaires et un lien qui ne serait pas à caractère économique, mais à caractère politico-institutionnel, n’existant d’ailleurs qu’en de certaines circonstances.

Un exemple est fourni par la politique monétaire allemande consécutive à la réforme de Ludwig Ehrard instaurant en 1957 le statut d’indépendance de la Banque Fédérale, la Bundesbank – en abrégé, la BUBA – et fixant sa mission à la préservation de la valeur interne (1) de la monnaie (c’est-à-dire la jugulation de l’inflation), sans aucune autre considération – que ce soit sur sa valeur externe – le taux de change – ou d’autres missions plus ou moins folkloriques  de la même veine que celles en vogue aujourd’hui telles “la transition  énergétique” évoquée au colloque par la représentante de la BCE.

Dans le contexte – conforté par l’expérience – de la gestion de la monnaie allemande  après 1957,  l’annonce, chaque année au printemps, par la BUBA d’un objectif de croissance nominale de la masse monétaire, c’est à dire à deux composantes : une croissance en termes réels et un taux d’inflation, déclenchait le round des négociations salariales. Les objectifs syndicaux étant alors à peine au delà du taux nominal anticipé par la BUBA. Et ce système atteignit l’apogée de son efficacité lorsque Karl Otto Pöhl fut président de la banque fédérale, dans les années 1970-80.

En ce temps, en France, les syndicats négociaient des augmentations salariales, dirais-je, “à l’aveugle”, sans savoir finalement quel gain de pouvoir d’achat en résulterait, car le patronat cédait, mais se rattrapait par des hausses de prix.

Bref deux mondes. Et l’Allemagne ayant pour objectif unique la préservation de la valeur interne de sa monnaie, voyait en définitive sa valeur s’apprécier sur les marchés mondiaux, et simultanément son excédent commercial se gonfler, tandis qu la France voyait son déficit commercial se creuser et sa monnaie se déprécier. De plus, il est à noter qu’à la veille de l’introduction de l’euro, la part du Deutschmark dans les réserves monétaires mondiales était de l’ordre de 20%, un chiffre presque aussi important que la part de l’euro aujourd’hui.

Ce sont ces deux mondes antinomiques qu’il a fallu réunir à la fondation de la monnaie unique européenne, notamment par l’établissement du statut de la Banque Centrale Européenne – dont d’ailleurs Otto Pöhl fut l’un des principaux artisans.

Donc l’euro est introduit au 1er janvier 1999, suite aux longues palabres ayant conduit au Traité de Maastricht dont, il faut le dire, la ratification s’est avérée difficile (notamment deux referendums danois, référendum français à 51% de”oui”, référendum britannique retardé, etc. Ce traité prévoyait un certain nombre de mesures à adopter par les États membres de la Communauté Européenne pour mettre en place l’Union Économique et Monétaire (UEM). Et ces mesures ont été plus ou moins rendues effectives selon les membres de ce qui allait devenir la zone euro. Mais ce qui est intéressant est que finalement les règles de Maastricht (ne pas dépasser 60% du PIB de dette publique, ne pas dépasser 3% du PIB  de déficit budgétaire public) on été quasi érigées en règles intangibles de la politique monétaire. Ce n’était pas la Banque Centrale qui était en charge de les faire respecter, mais les États eux mêmes à la suite des éventuelles admonestations de la Commission Européenne. De facto, la future BCE était  déchargée de sa mission de préservation de la valeur de la Monnaie.

De plus, il me parait totalement incongru et anti-économique d’ôter aux États souverains toute marge de manœuvre en matière monétaire, et simultanément en matière budgétaire. Logiquement, puisque les états nationaux de la zone euro avaient perdu la maîtrise de la politique monétaire, ils auraient dû avoir toute latitude en matière budgétaire, notamment pour mettre en place des budgets contra-cycliques (accroissement des déficits dans des situations de récession économique), avec la seule sanction du différentiel d’intérêt obligataire sur le marché intérieur européen. La France, par exemple, et non seulement la Grèce ayant à subir des pénalités de plusieurs pourcent comparativement à l’Allemagne.

On sait pourtant que la réalité est tout à fait différente. Le différentiel de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne reste faible, en tout cas bien en deçà de ce qui serait strictement la conséquence des écarts dans les politiques budgétaires.

Mais il est vrai que dans l’intervalle, les paramètres avaient totalement changé, car finalement il n’y a pas véritablement un marché domestique  propre – je dirais captif de la gouvernance européenne de la zone euro pour les emprunts des états nationaux de la zone euro.

Marco BUTI, DG ECFIN, Commission européenne a un peu centré son exposé sur le problème posé par la cohabitation, au sein de la zone euro d’états créditeurs (l’Allemagne par exemple) et d’états débiteurs (la Grèce par exemple). Mais le problème de l’euro n’est pas là. Avec une dette par habitant, très supérieure à celle de la zone euro, Le plus gros débiteur de la planète, les USA, est celui qui a le moins de mal à se faire financer ; de plus sa monnaie est monnaie de réserve, bien au delà du rôle somme toute mineur de celle de la zone euro (respectivement : 62% et 21% au quatrième trimestre 2019, selon le FMI)

La monnaie ne peut servir à établir la puissance, ce qui selon Jean PISANI-FERRY, le professeur l’institut Bruegel, à l’EUI, à la Hertie School of Governance et à Sciences Po était dans les objectifs recherchés à la création de l’euro..

La monnaie ne confère aucunement la puissance. Elle en est l’attribut. Ce à quoi le professeur répond que c’est inexact, “sinon le rouble serait une monnaie de réserve”. Dire qu’il s’agit d’un attribut de la puissance ne signifie pourtant pas que la puissance soit une condition suffisante. Ce n’est qu’une condition nécessaire qui vient jouer par dessus l’adhésion au libéralisme et la liberté de mouvement des capitaux, acceptée par l’état émetteur. Il est évident que la force du dollar, et au delà de son rôle comme monnaie de réserve, son utilisation comme référence pour les prix dans les marchés internationaux, qu’il s’agisse des matières pemières (pétrole) ou de produits finis (aéronautique), découle de la réunion de ces deux conditions. La puissance militaire fondant aujourd’hui la puissance tout court.

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(1) Cf. déclaration de Hermann-Josef Dudler devant le Treasury and Civil Service Committee de la Chambre des députés du Royaume Uni, en Novembre 1980 in : House of Common Third Report from the Treasury and Civil Service Committee Session 1980-81. Monetary Policy Vol II. Minutes of evidence, pp 298-99.

The End of Euro

http://wp.me/p7ciWq-L

See also : Germany double game (in French : le double jeu de l’Allemagne) : http://wp.me/p7ciWq-F

In truth, governments in Europe do not want a true euro, i.e. they, in fact do not want or, more precisely do not act, in a way of suporting a stable and assets founded euro. There is not such a body in Europe as the USA Federal Reserve, emitting debt on behalf of the entire aera The Euro is designed to work only for a period of time, to insure Germany dominance on European trade until full economic integration with Central and Eastern European countries (in purpose not in the euro zone, and therefore giving a competitive advantage to the German industry of which they are, to a large extent, subcontrators).

 

French text (France being the major supporter of the euro outside of Germany)

L’euro est une grosse farce médiatico-politique.

L’euro qu’on nous a imposé n’est pas celui que nous voulions.

Nous avons tous, ou presque, voulu l’euro, même monnaie pour nous, les Européens. N’était-ce pas l’aboutissement de notre plus profonde aspiration : un seul grand pays, sans frontières ? Finies les rivalités, les guerres, terminés les égos des princes, des dictateurs et des politiciens qui jettent les peuples les uns contre les autres et font s’inscrire les noms des morts sur des monuments pour emmerder à longueurs de siècles leurs descendants – si en ont – avec des cérémonies, des chants funéraires ou vengeurs, jusqu’à la prochaine fois.

Mais non, l’euro que nous avons, celui qu’on nous a concocté, imposé, ce n’est pas ça. Au contraire. Ce n’est que la résurgence de toutes les ambitions dominatrices des uns sur les autres, de toutes les hiérarchies, de toutes les imbéciles vanités politiciennes. C’est pour l’instant la totale faillite du système économique européen.

Nous aurions dû nous en douter quand fut décidé que l’on reviendrait à l’ancien système des prix nationaux pour les timbres–poste. Nous aurions dû le pressentir lorsque la Commission de la Concurrence de notre hypocrite administration européenne a laissé les opérateurs de téléphonie, pourtant « dénationalisés » sur ses injonctions, reconstituer les forteresses nationales dans leurs tarifs, chacun toujours dans son pré carré, alors même que les nouvelles technologies rendent totalement caduques les facteurs de distance, et a fortiori de frontières dans le coût des transmissions téléphoniques.

Faillite de la zone euro.

L’entité économique de la zone euro  – l’Euroland comme on a un temps dit, terme qui semble aujourd’hui frappé d’obsolescence, si ce n’est décrépitude – est en totale faillite, incapable de faire utiliser – d’utiliser elle-même – sa propre monnaie comme un standard dans les transactions internationales (exemples : cotations en dollar du pétrole et des principales matières premières), et dans les réserves des États.

Le dollar reste roi, empereur. Les citoyens des États-Unis n’ont aucun problème de financement de leur dette, eux, alors même qu’elle dépasse 40 000 euros par habitant.

Toutes les pléthoriques liquidités de la planète, celles des oligarques russes, celles des émirs du pétrole, celles des cinquante millions de milliardaires chinois, vont se réfugier dans le dollar, et se gaver de dette américaine. Tandis que les Européens, dont la dette ne dépasse pas 30 000 euros par tête, se jettent des anathèmes, se serrent la ceinture, se mettent à genoux pour adorer le dieu Maastricht qui leur impose tous les renoncements… sauf celui du chômage.

Pourquoi ?

I

En fait, les gouvernements de l’Europe ne veulent pas d’un euro véritable. Tous s’en servent comme d’un pompon que l’on agite dans un manège pour faire bondir les enfants en quête d’un tour gratuit. Ils s’en servent comme justification définitive à toutes les régressions sociales.

L’euro ne saurait exister sans la base d’une émission de dette européenne.

Ils ne veulent pas de l’euro, car ils refusent de mettre en place un pôle commun d’emprunt et de gestion de la dette européenne, un pôle unique comme c’est le cas aux  États-Unis, le plus gros débiteur de la planète, où le Trésor gère l’ensemble des émissions de la dette fédérale, qui en définitive sert de socle à la monnaie dollar. C’est l’État politique des États-Unis, avec toute sa puissance économique et militaire, qui, ultimement, garantit le dollar comme valeur de référence – et donc, comment voulez-vous que le dollar s’écroule ? Tandis que l’euro…

En Euroland, chaque état est livré à lui-même pour émettre et gérer sa dette – de surcroît, en concurrence avec chacun des autres États de la zone – et doit faire face aux délires débridés des parasites spéculateurs que le libéralisme borné et stupide qui inspire tous les corps politiques constitués de l’Europe laisse se déchaîner sans aucune retenue.

On joue la dette grecque contre l’allemande, car on sait bien que la Grèce ne « fait pas le poids ». On prend des positions baissières sur les emprunts du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, et ça marche toujours.

On est bien obligé d’épargner la France, car si elle était dans « le champ de tir » on sait bien que le jeu s’arrêterait, faute de combattants. C’est d’ailleurs pourquoi, la concernant, le classement des agences dites « de notation » est ridicule ; la note de la France ne compte pas, ne comptera jamais, jusqu’au crépuscule de la monnaie unique. La France est l’ultime alibi de l’euro. L’Allemagne en a besoin, de toute façon.

L’euro disparaîtra, dans un an, dans cinq ans, dans dix ans. Il disparaîtra dès que l’Allemagne se sentira assez forte de l’expansion de son industrie dans les pays d’Europe centrale et orientale qui ne sont pas dans l’Euroland, et dont les coûts de main d’œuvre ne sont qu’une fraction de ceux en vigueur à l’Ouest. Demain, s’y ajoutera l’Ukraine ; à Kiev le salaire ouvrier est inférieur à ce qu’il est à Pékin.

L’Allemagne mettra fin à l’euro dès lors qu’elle aura établi sa domination sur l’ensemble de l’économie européenne.

En déversant les produits fabriqués dans ces pays sur les marchés de ses partenaires ficelés dans la zone euro, l’Allemagne aura fait atteindre chez ces derniers – pas chez elle, évidemment – des sommets au chômage, les aura mis en faillite en leur imposant de rembourser des dettes qui ne cesseront d’augmenter du fait de la contraction de leurs économies.

L’Allemagne, alors, n’aura plus besoin de l’euro. Elle en proposera l’abandon. Tout le monde sera d’accord. Et je crois même que beaucoup diront « ouf ».